ARtv-émission en direct Contacts Accueil Version audio Anglais Portugais Courrier du citoyen Assembleia da República

Parlement
Président
Députés et groupes
  parlementaires
Commissions  
  parlementaires
Interventions et débats
Contrôle politique
Activité parlementaire et
   procédure législative
Relations internationales
Affaires Européennes
Budget de l'État et
  comptes publics
Révisions constitutionnelles
Journal de l'Assemblée de
  la République
Gestion du Parlement

Bibliothèque, archives et
  documentation
Législation
Librairie parlementaire
Le Palais de São Bento
   Visite virtuelle
Parlement des jeunes
AR tv
 


Français

  Président
  Accueil
Biographie
Fonctions
Discours d'investiture 
Cabinet
Contactez le Président

Discours d'investiture du Présidente de l'Assemblée de la République sous la XIII e Législature

Discours d'investiture du Présidente de l'Assemblée de la République, Eduardo Ferro Rodrigues

 

Discours d'investiture du Présidente de l'Assemblée de la République, Eduardo Ferro Rodrigues     Discours d'investiture du Présidente de l'Assemblée de la République, Eduardo Ferro Rodrigues      Discours d'investiture du Présidente de l'Assemblée de la République, Eduardo Ferro Rodrigues      Discours d'investiture du Présidente de l'Assemblée de la République, Eduardo Ferro Rodrigues

DISCOURS D’INVESTITURE DU PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE DE LA RÉPUBLIQUE, EDUARDO FERRO RODRIGUES

« Je serai le Président de toutes les députées et de tous les députés. »


Mesdames et Messieurs les députés,

Je commencerai par saluer la Présidente sortante, Madame Assunção Esteves, qui a su, par son humanisme et ses compétences, donner toute sa dignité au Parlement et à la fonction de Président de l’Assemblée de la République, en des temps complexes et au long d’une législature très exigeante.

Je salue également tous les députés élus, en leur souhaitant le plus grand succès dans l’exercice de leurs mandats, au moment où démarre cette XIIIe Législature.

Enfin, je salue tous les fonctionnaires de l’Assemblée de la République, ainsi que les journalistes qui travaillent ici.

Le début d’une législature est un moment d’espoir renouvelé. Et c’est toujours un moment très spécial pour celles et ceux qui entrent ici pour la première fois, investis de la plus noble des missions : représenter les Portugais à l’Assemblée de la République.

Je me souviens bien du jour où j’ai entamé mon premier mandat de député.

Je garde le souvenir de quelques députés qui m’ont marqué à différents moments et à diverses fonctions : Raúl Rego, Jaime Gama, Manuel Alegre, Barbosa de Melo, Mota Amaral, Almeida Santos, Silva Lopes, João Cravinho, Basílio Horta, Pacheco Pereira, Lobo Xavier et bien d’autres encore que, injustement, je ne mentionne pas.

Je tiens à vous dire que l’honneur que j’ai ressenti le premier jour où je me suis assis sur les bancs de cette Assemblée en tant que député est le même que je ressens aujourd’hui devant la confiance que vous me témoignez par votre vote, pour exercer la fonction de Président de l’Assemblée de la République.

J’espère être à la hauteur de l’héritage légué par les Présidents qui m’ont précédé et être digne de leur exemple de culture démocratique et de coopération institutionnelle.

Je serai le Président de toutes les députées et de tous les députés.

Mesdames et Messieurs les députés,

L’Assemblée de la République est une institution qui occupe une place irremplaçable dans notre système politique démocratique.
C’est dans cet hémicycle qu’est représentée, au sein des groupes de députés des différents partis politiques, la volonté souveraine, exprimée par les urnes, de toutes les Portugaises et de tous les Portugais.

C’est par ici que passent l’initiative législative et l’adoption des lois. L’Assemblée de la République est par excellence l’espace de contrôle de l’action du Gouvernement. Mais c’est également ici que se trouve le centre des grands débats politiques. Et c’est pour cela l’espace décisif de l’expression des différences, mais aussi de la construction de compromis et d’équilibres, toujours décisifs pour soutenir les grandes avancées dans notre pays.

Une démocratie de qualité ne s’en tient pas à la journée des élections. La démocratie est un régime de séparation des pouvoirs, un système bâti sur des règles et des procédures, où l’opposition bénéficie d’un statut et d’un rôle aussi importants que le Gouvernement.
L’Assemblée de la République se doit également de respecter scrupuleusement le rôle des autres institutions, Président de la République, Gouvernement et tribunaux, mais aussi des régions autonomes et des collectivités locales. C’est un devoir constitutionnel indéclinable.

Nous respectons la souveraineté et l’autonomie des tribunaux, du Gouvernement et du Président de la République. Nous avons donc aussi le droit et le devoir d’exiger le respect de la souveraineté de l’Assemblée de la République.

Cette nouvelle législature doit servir à consolider la fonction législative et de contrôle du Parlement portugais et aussi à l’affirmer en tant que cœur des grands débats politiques nationaux.

Mesdames et Messieurs les députés,

L’Assemblée de la République se doit, plus particulièrement dans le contexte actuel, de bien savoir s’acquitter de ses devoirs constitutionnels, mais aussi de savoir aller au-delà de ses méthodes traditionnelles.

Le Parlement doit savoir être à la hauteur du moment que nous vivons et des signaux que les Portugais nous envoient.

Les Portugais se sentent éloignés du pouvoir et ont de moins en moins confiance dans les institutions démocratiques. Les niveaux d’insatisfaction à l’égard de la démocratie sont préoccupants.

Aux élections du 4 octobre, plus de 40% des Portugais ont même choisi de ne pas aller voter. 40 ans après les premières élections libres et justes, porteuses de tant d’espoirs au Portugal, nous avons atteint une forte abstention aux élections législatives, encore que les listes électorales ne reflètent pas tout à fait la réalité, si l’on tient compte de l’énorme émigration observée entre 2011 et 2013.

Ne nous y trompons pas : un grand nombre de ces signes d’insatisfaction envers les institutions démocratiques sont liés, avant tout, à l’insatisfaction par rapport à la situation économique et sociale du pays.

Le processus d’ajustement économique que nous vivons a laissé des blessures sociales qu’il faut guérir de toute urgence. Je pense à la pauvreté. Au chômage. Aux inégalités. Et à l’émigration contrainte.

Aucune économie ne peut atteindre une croissance juste et partagée si la majeure partie de sa population est laissée pour compte.

Aucune démocratie ne peut se consolider si sa classe moyenne rétrécit. Les sociétés les plus prospères et les plus compétitives du monde sont des sociétés soudées et solidaires, avec de hauts niveaux de qualification et d’innovation.

Nous devons redonner aux institutions démocratiques les valeurs de solidarité et d’innovation, qui ont toujours été et qui continueront d’être les combats de ma vie!

Mesdames et Messieurs les députés,

Outre des améliorations économiques et sociales, les Portugais attendent des changements dans le système politique ; des changements qui leur apportent plus de pouvoir de contrôle et de participation ; et des changements également dans la culture dominante des acteurs politiques.

La vivacité du débat et la pleine expression des différences sont compatibles avec une culture de respect et de dialogue. Au cours de ces dernières années, si difficiles, il aurait parfois été important d’avoir su préserver cette distinction et trouver des espaces de négociation et de compromis.

Avoir une bonne politique, c’est accomplir la moitié du chemin pour arriver à de bonnes politiques et à de bons résultats.

Nous devons de toute urgence consolider une nouvelle démocratie de proximité. Nous devons trouver les moyens de faire en sorte que les citoyens aient plus d’influence dans le choix de chacun de leurs députés, toujours dans le respect scrupuleux de la proportionnalité.

Nous devons faire preuve de plus de transparence dans l’exercice des fonctions publiques. Nous devons rapprocher l’État et ses services des citoyens.

L’Assemblée de la République doit être le cœur de ces grands débats politiques.

Mesdames, Messieurs les députés,

L’an prochain, nous allons commémorer le 40e anniversaire de la Constitution de la République portugaise.

Cette date mérite une commémoration spéciale.

Commémorer la Constitution n’est pas un simple rituel. Il s’agit de rappeler l’actualité de l’esprit constitutionnel de 1976.

En 1976, des partis et des constituants qui représentaient des modèles de société très différents ont su converger pour établir les règles du jeu démocratique et les valeurs fondamentales qui guident encore aujourd’hui la République portugaise.

L’intégration européenne du Portugal se trouve sans nul doute à la base de nombreux succès de 40 ans de démocratie. Mais c’est l’esprit constitutionnel initial, marqué par le compromis et la convergence, qui a par la suite donné les conditions politiques permettant à la démocratie d’avancer.

Si le conflit est le propre de la politique démocratique, aucune démocratie ne peut survivre sans une culture de loyauté institutionnelle et de dialogue stratégique entre les partis représentés à l’Assemblée de la République. Aucune démocratie ne survit sans compromis.

L’histoire des succès de ces 40 ans de démocratie est en effet l’histoire de nombreux compromis politiques et de nombreuses avancées de civilisation, rendus possibles uniquement grâce à ceux qui ont bien voulu s’asseoir autour d’une table afin de se mettre d’accord sur des choses fondamentales.

Pour adapter le titre du livre de Mário de Carvalho, je dirais que vous tous, Mesdames et Messieurs les députés, allez devoir échanger beaucoup d’idées sur beaucoup de sujets.

Ou pour citer Pessoa dans le Livre de l’intranquillité : « Nous vivons tous ici-bas au bord d’un navire parti d’un port que nous ne connaissons pas et voguant vers un autre port que nous ignorons ; nous devons avoir les uns envers les autres des amabilités de passagers embarqués pour un même voyage. »

Et voilà que notre histoire de compromis et de convergences doit forcément se répéter en ces temps nouveaux où aucune force politique n’a obtenu la majorité absolue.

Dans ce contexte, la responsabilité de l’ensemble des groupes parlementaires est accrue. Les Portugais auront les yeux braqués sur l’Assemblée de la République.

Dans un monde confronté à trop de guerres, aux graves problèmes des réfugiés et des migrants, au danger des catastrophes provoquées par les changements climatiques, ce Parlement et ce pays sont convoqués.

Nous sommes tous convoqués. Tous. Parce que dans un Parlement démocratique, aucun – je dis bien : aucun – représentant du peuple ne doit être empêché de contribuer à l’avenir.

Tout comme il n’y a pas de députés de première et de seconde zone, il n’y a pas non plus de groupes parlementaires de première et de seconde zone, pas plus que de coalitions acceptées et d’autres bannies.

Au long de ces 40 années, nous avons montré que nous savons que la République ne se fait pas sans républicains et que la démocratie ne se fait pas sans démocrates.

Nous avons déjà concrétisé, ensemble, de nombreux rêves de la démocratie. Nous avons concrétisé les droits politiques, mais aussi les droits économiques, sociaux et culturels des Portugais.

Nous avons désormais d’autres rêves à concrétiser. Et nous devons savoir être à la hauteur de ces nouveaux rêves.

Permettez-moi d’ajouter une note personnelle – si je suis engagé depuis près de 50 ans dans le combat politique quotidien pour plus de démocratie et de dignité sociale, je le dois beaucoup à mes grands-parents (j’ai appris à lire avec le journal República auquel mon grand-père était abonné en plein Estado Novo), ainsi qu’à toute ma famille. À ceux qui malheureusement sont déjà partis et à ceux qui sont toujours à mes côtés, ma femme, mon frère, mes enfants et mes petits petits-enfants. Et naturellement à mes amis (certains depuis plus de 60 ans) et à mes camarades.

Je conclus en vous adressant à toutes et à tous mes meilleurs vœux de succès pour cette XIIIe Législature.

Faisons de cette nouvelle législature qui commence aujourd’hui une nouvelle législature de dialogue parlementaire, de compromis politiques et d’avancées sociales.

L’enjeu est d’avoir d’ici à quatre ans une démocratie plus proche de nos ambitions.
Je vous remercie.

Eduardo Ferro Rodrigues
Président de l’Assemblée de la République
Palais de São Bento, 23 octobre 2015